mardi 15 septembre 2015

13 septembre, poème de Martine Cros

Photographie Françoise Ruban







taire

                      __ et garder enfouie __





cette frontière __ sans l'être __ qui joint     épouse l'eau     le sel

piment de perle

                                  et d'air











jamais

                       les tourments ne sont ensevelis sous les vagues de gris









cette ligne en habit mat blanc / noirci

hors du temps et en dedans de lui

tant il noce, dans ce septembre indéfini,

l'or des fêtes galantes de

la mélancolie







orgies __ vives tablées de sable qui nous fuient

et n'échappent à la passante qui prie  __ muée en roseau jonc sans pliure et sans bruit





















Ce jour, sur une photographie de Françoise Ruban, poète ,

à qui je dédie ces quelques mots.





dimanche 13 septembre 2015

Un jour en septembre, poème de FRuban





Un jour en septembre


Fraîcheur de l'aube       Prémices
au feuillage ambre de l'automne
douce langueur laine glissée
sur mon coeur      
quand chante le silence  
mélodie de ton absence

 Cocon à peine éclos      Mes mots
avalanche de nuit blanche
dansent sous la Lune
ronde radieuse lumineuse
Federico l'écho de ta romance  
évanescence d'ombres bleues
sur ta sonate Ludwig

Es-tu rêve ou bien sève    Enivrées
mes lèvres t'espèrent entrouvertes
sur cet automnal crépuscule
l'Amour est champagne
tes baisers pétillantes bulles
Ô ivresse des saveurs

Immobile voyageuse    Temps suspendu
aux souvenirs éperdus
palette d'arpèges aux senteurs estivales  
féerique symphonie que fredonne
mon âme solitaire et fière
le manque de Toi pour unique lien
pour unique bien
D'abord pâle          le Soleil
brûle  mon corps alangui    et m'emporte
translucide opaline la vague de cristal
Regard égaré au fond du ciel     Vega
sera Muse  et déploiera pour nous
le lit d'une immortelle étreinte

© F.Ruban
le 25 septembre 2013
   extrait du recueil "L'Âme des marées"
éditions épingle à nourrice

livres (extraits et auteurs)

Tous droits réservés
Protégé par copyright



crédit photo fruban


jeudi 10 septembre 2015

Inti, street art urbain (Chili)

crédit photo fruban
Saint-Nazaire (44)





PRÉSENTATION DE INTI
Street-Art urbain

Ville portuaire, Valparaiso est le paradis de l’art urbain : tous les coins de rue laissent entrevoir les couleurs d’un mouvement graffiti fort et dynamique construit avec l’influence des U.S.A, la culture hip hop et d’autre part l’influence française, datant de mai 68.

Issu de la scène Street art sud-américaine, INTI (traduisez littéralement ‘soleil’ en langue quechua) est un artiste peintre chilien, né en 1982 à Valparaíso. Il étudie à l’École des Beaux-Arts de Viña Del Mar, avant d’imposer son style poétique et surréaliste en Amérique du Sud, aux États-Unis et en Europe, tant dans les rues que dans les galeries. Lorsqu’il n’est pas en voyage pour son travail, il vit entre la France et le Chili.

Il développe un univers pictural festif, avec une mise en scène presque théâtrale et une symbolique empruntée à l’imaginaire populaire latino-américaine, et  s’inspire de la culture populaire sud-américaine, de l’art précolombien et des fresques propagandistes de le BRP (Brigada Ramona Parra : brigades communistes) pour réaliser des fresques XXL où il peint des personnages hauts en couleur regorgeant de multiples détails.

Il s’approprie notamment une figure emblématique du Carnaval d’Ouro : le ‘Kusillo’, un petit clown de carnaval issu de la culture bolivienne habillé d’un patchwork de tissus.

Le ‘Kusillo’ est son personnage fétiche, et l’élément récurrent de son oeuvre.

Peu à peu, Inti exporte ses fresques gigantesques un peu partout dans le monde.

Il a réalisé plus d’une centaine de fresques aux quatre coins du globe : France, Espagne, Allemagne, Norvège, Liban, Pologne, U.S.A… A Paris, il s’est fait remarquer en réalisant une fresque XXL sur le flanc d’un immeuble du 13ème arrondissement. Pour sa collection Printemps/Été 2014, la maison malletière Louis Vuitton a confié la création d’une édition inédite de foulards à trois artistes issus du mouvement Graffitis. Inti s’approprie le fameux carré de soie qu’il pare de couleurs chaudes et où il met à l’honneur le dieu Inca ‘Wiracocha’.

Outre le visuel qu’Inti nous a prêté pour l’illustration de ces prochaines Escales de Saint-nazaire, il réalisera une fresque géante sur le port de Saint-Nazaire, quelques jours avant l’ouverture des portes du Festival.

article paru dans Les Escales

Autre page Les Escales, sur facebook





INTI graffeur

INTI sur facebook

Inti,Street artiste chilien



crédit photo fruban
Saint-Nazaire
détail





crédit photo fruban
Saint-Nazaire (La Ville-Port)
deux oeuvres de INTI 

lundi 7 septembre 2015

S'envolent les colombes, se posent les colombes, poème de Mahmoud Darwich

Mahmoud Darwich au Marathon des mots en 2005./Photo DDM, Frédéric Charmeux
http://www.ladepeche.fr/article/2012/11/05/1481788-dix-jours-d-hommage-a-mahmoud-darwich.html





« S’envolent les colombes.

Se posent les colombes.

- Apprête la terre que je me repose,

Car je t’aime jusqu’à la fatigue.

Ton matin est fruits pour les chansons,

Ce soir est d’or

Et nous sommes l’un à l’autre, à l’heure où l’ombre pénètre son ombre dans le marbre

Et je me ressemble lorsque je suspends mon être à un cou qui n’étreint que les nuages.

Tu es l’éther qui se dénude devant moi, larmes de raisin.

Tu es le commencement de la famille des vagues lorsqu’elles s’agrippent à la terre ferme, lorsqu’elles migrent,

Et je t’aime et tu es le prélude de mon âme et l’épilogue.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Mon aimé et moi, deux voix sur les mêmes lèvres.

J’appartiens à mon aimé, moi, et mon aimé appartient à son étoile fugitive

Et nous entrons dans le rêve, mais il ralentit le pas pour nous échapper.

Lorsque mon aimé s’endort, je me lève pour protéger son rêve de ce qu’il pourrait voir

Et chasse les nuits passées avant notre rencontre.

Je choisis nos jours de mes mains

Et choisis pour moi la rose de notre table.

Dors, mon aimé,

Que les voix des mers s’élèvent jusqu’à mes genoux.

Dors mon aimé,

Que je me pose en toi et délivre ton rêve d’une épine jalouse.

Dors,

Que les tresses de ma poésie soient sur toi, et la paix.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- J’ai vu avril sur la mer.

J’ai dit : Tu as oublié le suspens de tes mains, oublié les cantiques sur mes plaies.

Combien peux-tu naître dans mon songe

Et me mettre à mort,

Pour que je crie : Je t’aime.

Et que tu trouves le repos ?

Je t’appelle avant les mots.

Je m’envole avec ta hanche avant d’arriver chez toi.

Combien parviendras-tu à déposer les adresses de mon âme dans les becs de ces colombes, à disparaître, tel l’horizon sur les pentes,

Pour que je sache que tu es Babel, Egypte et Shâm ?

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Où m’emportes-tu mon petit aimé, loin de mes parents,

De mes arbres, de mon petit lit et de mon ennui,

De mes miroirs, de ma lune, du coffre de mes jours, de mes nuits de veille,

De mes habits et de ma pudeur ?

Où m’emportes-tu mon aimé, où ?

Dans mon oreille tu enflammes les steppes, tu me charges de deux vagues,

Tu brise deux côtes, tu me bois, tu me brûles, et

M’abandonnes sur le chemin du vent vers toi.

Pitié … pitié …

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Ma hanche est une plaie ouverte, car je t’aime

Et je cours de douleur dans des nuits agrandies par la crainte de ce que j’appréhende.

Viens souvent et absente-toi brièvement.

Viens brièvement et absente-toi souvent.

Viens et viens et viens. Aah d’un pas immobile.

Je t’aime car je te désire. Je t’aime car je te désire.

Et je prends une poignée de ce rayon encerclé par les abeilles et la rose furtive.

Je t’aime, malédiction de sentiments.

J’ai peur de toi pour mon cœur. J’ai peur que mon désir se réalise.

Je t’aime car je te désire.

Je t’aime, corps qui créé les souvenirs et les met à mort avant qu’ils ne s’accomplissent.

Je t’aime car je te désire.

Je modèle mon âme à l’image des deux pieds, des deux édens.

J’écorche mes plaies avec les extrémités de ton silence… et la tempête

Et je meurs pour que les mots trônent dans tes mains.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- « L’eau me blesse », car je t’aime

Les chemins de la mer me blessent,

Le papillon,

L’appel à la prière dans la lumière de tes poignets me blessent.

Mon aimé, je t’appelle à longueur de sommeil. J’ai peur de l’attention des mots.

Peur qu’ils ne découvrent l’abeille en larme entre mes cuisses.

L’ombre sous les réverbères me blesse car je t’aime,

Un oiseau dans le ciel lointain, le parfum du lilas me blessent

Et le commencement de la mer,

Et sa fin.

Aah si je pouvais ne pas t’aimer,

Ne pas aimer,

Qu’enfin guérisse ce marbre.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Je t’aperçois et j’échappe au trépas. Ton corps est un havre.

Chargé de dix lys blancs, dix doigts, le ciel s’en va vers son bleu égaré.

Et je tiens cet éclat marbré, je tiens le parfum du lait caché

Dans deux prunes sur l’albâtre et j’adore celui qui décerne à la terre ferme et à la mer

Un refuge sur la rive du sel et du miel premiers. Je boirai le suc de caroube de ta nuit

Et je m’endormirai

Sur un blé qui brise le champ, brise jusqu’au cri qui se rouille.

Je te vois et j’échappe au trépas. Ton corps est un havre.

Comment la terre m’exile-t-elle dans la terre ?

Comment s’endort le songe ?

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Mon amour, j’ai peur du silence de tes mains.

Ecorche mon sang, que s’endorme la jument.

Mon amour, les femmes des oiseaux volent vers toi,

Prends-moi, souffle ou épouse.

Mon amour, je demeurerai là, que mûrissent dans tes mains les pistaches de mes seins,

Que les gardes m’arrachent de tes pas.

Mon amour, je te pleurerai toi toi toi,

Car tu es le toit de mon ciel

Et mon corps est ta terre sur terre

Et ta demeure.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

Sur le pont, j’ai vu l’Andalousie de l’amour et du sixième sens.

Sur une fleur desséchée,

Il lui rendit son cœur

Et dit : L’amour requiert de moi ce que je n’aime pas.

Il requiert que je l’aime.

La lune s’endormit

Sur une bague qui se brise

Et les colombes s’envolèrent.

Sur le pont, j’ai vu l’Andalousie de l’amour et du sixième sens.

Sur une larme désespérée,

Elle lui rendit son cœur,

Et dit : L’amour requiert de moi ce que je n’aime pas.

Il requiert que je l’aime.

La lune s’endormit

Sur une bague qui se brise

Et la nuit noire se posa sur le point et les amants.

S’envolent les colombes

Et se posent

1984

In : Mahmoud Darwich, La terre nous est étroite et autres poèmes, Collection Poésie chez Gallimard, traduit de l’arabe par Elias Sanbar, pp171-177.


"Poète palestinien, Mahmoud Darwich est né en 1941 à al-Birwa en Galilée. À la suite de la création de l'État d'Israël en 1948, sa famille quitte la Galilée pour le Liban. Un an plus tard, elle y retourne clandestinement et découvre que son village a été rasé. Elle s'installe alors à Dayr al-Asad, où l'enfant Mahmoud commence des études qu'il poursuit à Jdaydé avant de s'installer à Haïfa. Militant dès son plus jeune âge, il adhère en 1961 au parti communiste israélien Rakah. Incarcéré à cinq reprises entre 1961 et 1967 et assigné à résidence à Haïfa, il choisit l'exil en 1970. " (Encyclopédie Universalis)



Très beau site de Mahmoud Darwich, poète palestinien (1941-2008)





Un poème sonore de Rodolphe Burger (guitare, chant), avec Julien Perraudeau (basse, clavier), Mehdi Haddab (oud), Yves Dormoy (électro, clarinette), Ruth Rosenthal (chant) & Rayess Bek (chant)

Cette pièce, issue d'un spectacle créé en mars 2010 sur le plateau du Théâtre Molière à Sète, est un double hommage rendu à Alain Bashung et à Mahmoud Darwich, une mise en miroir de deux chants d'amour.

Celle-ci est la deuxième partie, une nouvelle création musicale à partir du poème S'envolent les colombes de Mahmoud Darwish, poète palestinien.








vendredi 4 septembre 2015

Des outils, des rebuts et un regard mélancolique, petit reportage-photos de FRuban et quelques poèmes aimés

Lorsque je flâne sur le port de pêche, là où viennent s'amarrer et décharger les gros chalutiers, à chaque fois mes yeux se portent sur cet endroit à l'écart, où gisent d'étranges vestiges. Entassés, abandonnés, ils vivent leurs derniers instants, après bien des séjours en mer, au service des marins pêcheurs.
A chaque fois, je me sens attirée par ces noeuds, ces cordages, ces filets entremêlés. Ces lourdes chaines aux maillons gigantesques. Ces "sabots" rouillés inertes et inutiles. Mis en retraite avant de rejoindre le destin des mourants, ils brillent de mille couleurs tressées par le plus grand des hasards. Phénix renaissant de ses cendres... Qui d'autre qu'un photographe au regard de poète (et vice-versa...), un peintre... un "original", diront certains. Qui donc s'intéresse à ces objets mis au rebut ?
Les accompagner de poèmes que j'aime, qui parlent de Mer et de Mort, s'est imposé comme une évidence. Un dernier hommage en somme.
"Objets inanimés avez-vous donc une âme..."
                                   fRuban


Une beauté autre, celle des activités humaines, dans un port de pêche et de plaisance. Ce qui me séduit tout autant que les couchants grandioses. Différent, mais ce qui donne vie à La Turballe, retient les commerces essentiels, fixe les populations. Après la pleine saison estivale, seules seront fermées les boutiques de fringues et de gadgets pour touristes.
J'aime cet endroit, au passé sans véritable histoire (La Turballe célébre cette année ses 150 ans... autant dire epsilon !), pourtant riche du travail des hommes.



Le mousse


Mousse : il est donc marin, ton père ?...
- Pêcheur. Perdu depuis longtemps.
En découchant d'avec ma mère,
Il a couché dans les brisants ...
Maman lui garde au cimetière
Une tombe - et rien dedans -
C'est moi son mari sur la terre,
Pour gagner du pain aux enfants.
Deux petits. - Alors, sur la plage,
Rien n'est revenu du naufrage ? ...
- Son garde-pipe et son sabot ...
La mère pleure, le dimanche,
Pour repos... Moi : j'ai ma revanche
Quand je serai grand - matelot ! -

Tristan Corbière

Les amours jaunes







©crédit photo fruban



Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j'ai acheté des oiseaux
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché aux fleurs
Et j'ai acheté des fleurs
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché à la ferraille
Et j'ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
mon amour
Et je suis allé au marché aux esclaves
Et je t'ai cherchée
Mais je ne t'ai pas trouvée
mon amour

Jacques PRÉVERT 
Paroles, 1945





Héritage sénan


Nous sommes du pays où la mer et le vent
Ont donné aux rêves des enfants
Le goût salin des pierres usées par les embruns
Et la pluie compagne des chagrins 
Un pays si petit face au grand océan
Qu'on ne voit pas son ombre au couchant
Un trait sur l'horizon fait de quelques maisons
De granit et de brun goémon 
Ici par grand soleil aux langueurs des étés
Peu de plages où l'on vient se dorer
Un nuage effacé ne fait pas oublier
Qu'une vague peut tout emporter 
D'une roche fragile à l'abord des gros temps
Bateau frêle à la cape souvent
Quand la Vieille au levant et l'Ar Men au Ponant
Veillent toujours la vie des Sénans 
Nous sommes d'un pays qu'on ne quitte jamais
Que l'on porte en soi comme un secret
Comme un rêve un peu fou d'inscrire au fond de nous
Toute l'histoire de ce Caillou
L'Ile de Sein rebelle à l'usure des vents
Tient debout et porte ses enfants
Ceux qui restent l'hiver ou ceux qu'une misère
A poussés vers d'autres continents 
C'est la Voix de notre île entendue dans la ville
A l'écho des douleurs de l'exil
Qui unit chaque feuille que la vie éparpille
Et refait l'arbre de la famille 
Ce bel arbre nomade aux branches vagabondes
Qui jetait des ponts vers d'autres mondes
Revient toujours à terre au cœur de l'île-mère
Où ses pas mènent au cimetière 
Croisée des grands chemins des vivants des défunts
Quand de loin le passé nous revient
En écriture d'or près d'un nom familier
On découvre « Joie aux trépassés »

Des pierres du village aux murs des petits champs
Chacun porte héritage d'antan
Quand l'horizon marin vers la Chaussée de Sein
Etait pour l'île son grand jardin. 
Des siècles disparus le Sénan est têtu
Il a pris Patience pour vertu
Quand du Sud en Guilcher, du nord en « Loup de mer »
Quelqu'un porte toujours nos bannières 
Dans le noir dont les femmes habillent la tristesse
Un îlien voit toujours la tendresse
Qui éclaire sous la Jibilinenn austère
Le beau visage d'une grand-mère 
Lui racontant le soir de si belles histoires
Qu'elles sont restées dans sa mémoire
Comme autant de chansons empreintes du breton
Le plus beau, celui de la Maison 

Sur la route du phare où l'on flâne rêveurs
Au Nifran, au Lenn ou au Gueveur
Au Men Brial en vue des bateaux attendus
On jette l'ancre sur l'imprévu 
Le monde se refait dans les bistrots des quais
Où l'on va Iliens ou Paimpolais
Par marées de bonheur ou de mélancolie
On pourrait chanter toute la nuit

«Qui voit Sein voit sa fin», «Nul n'a franchi le Raz
Sans connaître ni peur ni Dégâts»
Ces dictons répétés qu'on voudrait oublier
Reviennent à l'heure d'embarquer 
D'Audierne ou Douarnenez l'Enez Sun est passé
Par des grains, des vagues déchaînées
Mais l'on garde quand même cette crainte du jour
D'un possible départ sans retour 
Notre petit royaume aux mille paysages
Mille roches aux terribles visages
Nous apporte la paix lorsque le vent se tait
Que l'île reprend vie sur les quais 
Des ruelles on entend le rire des enfants
Ou Kornog à l'église en passant (kornog : vent d'ouest)
Quitter l'île à l'instant s'éloigner du rocher
Ce serait partir à l'étranger.

Paroles et musique Louis Capart

écouter sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=QsN_gqZEVPA


























©crédit photos fruban

                             


  Loguivy de la mer

Ils reviennent encore à l'heure des marées
S´asseoir sur le muret le long de la jetée
Ils regardent encore au delà de Bréhat
Respirant le parfum du vent qui les appelle
Mais s´il est révolu le temps des Terre-Neuvas
La race des marins chez nous ne s´en va pas...


Loguivy de la Mer, Loguivy de la Mer
Tu regardes mourir les derniers vrais marins
Loguivy de la Mer au fond de ton vieux port
S´entassent les carcasses des bateaux déjà morts.

Ils ont connu le temps où la voile était reine
Ils parlent des haubans, des focs et des misaines
De tout ce qui a fait le charme de leur vie
Et qu´ils emporteront avec eux dans l´oubli
Mais s´il est révolu le temps des Cap-Horniers
Il reste encore chez nous d´la grain´ d´aventuriers.

Je n´ai jamais su dire ce que disent leurs yeux
Perdus dans ces visages burinés par le vent
Ces beaux visages d´hommes ces visages de vieux
Qui savent encore sourire et dire à nos vingt ans
Remettez vos cabans et rompez les amarres

Allez y de l´avant mais tenez bon la barre 

François Budet










Petit mort pour rire


Va vite, léger peigneur de comètes !
Les herbes au vent seront tes cheveux;
De ton oeil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans les pauvres têtes...

Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes
Foisonneront plein ton rire terreux...
Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes...

Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux,
Boîtes à violon qui sonnent le creux...
Ils te croiront mort - Les bourgeois sont bêtes - 
Va vite, léger peigneur de comètes !

Tristan Corbière

Les amours jaunes, Rondels pour après 


jeudi 3 septembre 2015

Petit d'homme, poème de F.Ruban

Petit d'homme

un matin de septembre à Bodrum

la Mer a rejeté ton corps sur le sable

Elle a refusé de le déchiqueter de l'abîmer

Elle t'a déposé

pour que les hommes voient

ta fragilité d'enfant

ton petit corps endormi sur la plage

où tant d'enfants ailleurs rient et

construisent des châteaux



Petit d'homme

ce matin ton image fait le tour du monde

Réveiller les puissants endormis

indifférents à ces milliers d'autres

tes frères morts comme toi sous les coups des barbares

tes frères nos frères humains nos enfants

qui voulaient simplement vivre

et rire et aller à l'école et désobéir



Petit d'homme

Petit enfant symbole de l'innocence chaque jour massacrée

tandis que nos dirigeants des hommes pourtant

ferment les yeux mettent des barbelés

contre ceux que l'on nomme migrants

qui ne voudraient qu'être réfugiés

Ils quittent leur terre la mort dans l'âme

espoir chevillé au corps

espoir que leurs frères les hommes....



©fruban



le 3 septembre 2015



Tous droits réservés

Protégé par copyright





En hommage à Aylan Kurdi, l'enfant syrien retrouvé mort noyé sur une plage de Turquie ( Bodrum














photo parue dans l'Humanité le 31 mai 2016






































).





Un livre vient de lui rendre hommage aux éditions Verdier ICI


Pierre Demarty
Le Petit garçon sur la plage
Éditions Verdier

éditions Verdier






















































photo du Net
(sur la plage de Bodrum)







mercredi 2 septembre 2015

Deux poèmes de Cristian Ronsmans



Je n’arrive plus à dire « je t’aime »,

J’ai perdu les mots.

De l’amour j’ai perdu l’amour

On me l’a volé.

Du discours, fragments épars,

J’en perds la mémoire.

Je ne connais plus les mots.

Une partie de mon âme envolée

Capturée, vendue au plus offrant.

Je ne dis plus les mots « je t’aime ».

Ils me brûlent pourtant.

Le souvenir des mots sacrés

Part en lambeaux.

Pas de substitution possible.

Je voudrais tant dire ces deux mots

Encore une fois.

»Je t’aime », « je t’aime » de la première

A la dernière fois.

Mais ils me restent dans le cœur,

Arraché, tenaillé

De cette voix du cœur muette

Langue coupée qui ne peut plus dire les mots.

Le corps se brise

En tous ses éclats de « je t’aime »

Que mille fois de plus j’aurais du dire

Comme au premier jour.

J'aurais du le dire

En ma voix étouffée.

Ce jour qui ne se lèvera plus

Ce jour n’a plus les mots pour

Renaître encore.

Encore, s’il te plait,

Une dernière fois.



Cristian Ronsmans



le 5 septembre 2016



© Tous droits réservés

Protégé par copyright




crédit photo fruban


Cette nuit ni plus ni moins obscure que celles qui l’ont précédée.
Cette nuit ni moins ni plus obscure que celles à venir
Depuis des siècles et millénaires,
Cette nuit, j’observerai le scintillement
De la lune argentée et la brillance de l’étoile, Vénus,
Dans les ombres fuligineuses de l’inconnaissable Nocturne.

Et, avec elles, tous les feux métalliques des corps célestes
Immuables à mes yeux clos.

Demain, le soleil viendra desceller mon regard et paupières dessillées,
Je regarderai l’astre flamboyant dans les yeux, une dernière fois,
Avant qu’à ma vue, il ne s’éteigne à jamais.

Il sera le matador en habit de lumière éternelle
Et je serai son taureau apeuré.

Seule pour un instant encore, vacillante, subsistera
L’ombre de ce que je fus et ne cessais jamais d’être.

Puis elle-même, comme happée dans un tourbillon,
Un orage de feu, elle sera à son tour emportée.

Alors, le soir prochain, une nuit pareille à la précédente,
Une nuit identique à celle à venir
Prendra ses quartiers
Sur le monde où je fus.

Mais je n’en saurai rien !

Cristian Ronsmans
le 1er septembre 2015

© Tous droits réservés

crédit photo fruban

vendredi 28 août 2015

Vassilis Alexakis, La mer qui ressemble à la vie

Vassilis Alexakis, auteur greco-français




RTS Eclats de Méditerranée
La mer qui ressemble à la vie, avec Vassilis Alexakis

En écoute :

émission de 30 mn

http://www.rts.ch/audio/la-1ere/programmes/eclats-de-mediterranee/6930979-la-mer-qui-ressemble-a-la-vie-avec-vassilis-alexakis-21-08-2015.html

La mer qui ressemble à la vie avec Vassilis Alexakis
Elle connaît tous les jeux, renferme tous les mystères, elle est très vieille et étonnamment juvénile, la mer de Vassilis Alexakis .

Qui raconte l'Egée, son île de Tinos, la danse et l’horizon.


La Méditerranée déchirée, la Méditerranée, devenue cimetière et nouvelle frontière, mais aussi la mer qui sait écouter. La mer qu’on peut manger comme un morceau de bleu. La mer qui est tout…
Je me suis demandé longtemps qui allait pouvoir faire écho aux éclats passionnés surgis pendant l’été. Quand Vassilis Alexakis m’a dit "venez donc", j’ai su que ce serait lui. Lui qui a parsemé ses derniers livres de réflexions politiques et poétiques, sur la crise grecque et la mer.
Comme dans "La clarinette", paru en 2015, au Seuil, où il dit que la mer fait parfois osciller le bateau tout doucement en prenant les passagers pour des enfants qu’il faut bercer.
Vassilis Alexakis, érudit et tendre, pertinent mais doux, qui a raconté dans plusieurs romans, son voyage intime du grec au français, puis du français au grec, et son amour des langues.
Vassilis Alexakis qui a surtout écrit "La clarinette" pour son ami et éditeur, qu’il appelle simplement Jean-Marc. Il l’a accompagné jusqu’à la fin et au-delà, puisque leur dialogue se poursuit au fil des pages. Et même d’une chambre d’hôpital à une autre, puisqu’il parle depuis un lit blanc.
Mais comme debout face à l’horizon, sur son île de Tinos. Ou comme quand il nage avec son masque et qu’il a l’impression de voler.

A lire aussi
Parmi ses nombreux et très beaux romans et récits:
"Paris-Athènes", "La langue maternelle" et "L’Enfant grec", parus chez Stock et en Folio.



Paru dans BIBLIOBS

© photo Vincent Nguyen / AFP
Vassilis Alexakis et Jean-Marc Roberts, en 2005



Dans l’avion grec qui le ramène à Paris, Vassilis Alexakis est assis à côté d’une femme sujette au stress aéronautique. Elle lui demande ce qu’il fait dans la vie.

Lui : «Je suis équilibriste. »

« A votre âge ? », s’étonne la dame.

« J’évite les exhibitions périlleuses, dit-il pour la rassurer. Je ne fais plus les chutes du Niagara ni les tours de Notre-Dame. Je me produis dans les cimetières pour égayer les familles en deuil. Je croise les âmes qui montent vers le ciel. Elles montent très lentement, elles ne sont pas pressées de prendre congé du monde, on dirait qu’elles le regrettent déjà.»

Il faut prendre Alexakis au mot. Cet écrivain est vraiment un équilibriste. Malgré ses 72 ans et sa jambe récemment opérée d’un anévrysme, il avance, léger comme une plume, sur le fil tendu non seulement entre sa Grèce natale et sa France d’adoption, mais aussi entre les vivants et les morts. Avec «la Clarinette», cet exercice acrobatique touche au bel art et atteint le sommet de l’émotion.

Hiver 2012-2013. Son meilleur ami, son frère spirituel, son éditeur depuis quarante ans, est atteint d’un mal incurable. C’est Jean-Marc Roberts, qu’il entoure de son affection, visite dans son appartement du square Montholon ou à l’hôpital, qu’il apostrophe et tutoie à chaque page de ce roman-vrai.

A Jean-Marc, qui a trop fumé, Vassilis, qui tire comme un sapeur sur sa bouffarde, confie sa mélancolie. Il est fatigué de Paris, il se demande s’il ne va pas retourner vivre à Athènes, où il part provisoirement fêter son anniversaire et où son père, quand il était malheureux, se mettait au soleil.

Alors qu’il traduit son dernier roman en grec, qu’il se traduit en somme, il se sent également prêt à prendre congé de la langue française. Comme si la fin prochaine de Jean-Marc l’obligeait à un nouveau départ. Comme si, sans lui, la France ne serait plus la France. Alors, il se dépêche de lui dire qu’il l’aime.

Car, pour Alexakis, tout est bon dans le Roberts : ses femmes, ses enfants, ses romans (il les résume en une formule lumineuse et poignante: «Un petit garçon courant derrière un camion de déménagement»), ses habitudes, ses blagues, sa bravoure, son panache.

A son ami de cœur dévoré par le crabe, il adresse ce livre dont la forme emprunte à la démarche du crabe, tout en à-côtés, en diagonales, en digressions.

Il lui parle de la maladie qui frappe la Grèce, des SDF, des avantages fiscaux dont l’Eglise bénéficie et des menaces proférées par Aube dorée contre les immigrés. Il revisite Paris à partir des adresses de toutes les maisons d’édition où Jean-Marc a travaillé. Il lui fait entendre, au téléphone, la chanson de Dalida, «Bambino», qu’il adorait.

Il va même jusqu’à lui décrire, tel un spectacle qu’il aurait manqué, son enterrement au cimetière de Montmartre. Car, même après sa mort, Vassilis Alexakis continue de lui raconter sa vie. On voudrait que ce roman plein de rires et de larmes ne s’arrête pas. Et que son héros revienne.

Jérôme Garcin

La Clarinette, par Vassilis Alexakis,
édition du Seuil

mardi 25 août 2015

Poème, Martine Cros

crédit photo Martine Cros




5 août









Le morcellement de la beauté

donne à voir d'autres visages



Il faut se taire parfois

pour que flamboie

le silence











6 août









Si jamais votre corps

un jour

est une île

Qu'à lui seul toutes ses rives

suffisent

à l'amour qui s'échoue



Vagues voyantes dont nous sommes écume

Sel de votre regard qui porte nos pensées légères

A l'onde de votre coeur multiple

allons sirènes écouter le vent las

de ne plus marcher avec vous













14 août ( famine)









Faire la paix avec son visage

resté vierge de baisers

affamé et transparent visage

La musique traverse son ventre de

son apaisement

Est-ce la faim qui la serre ou

ce qui n'a jamais été



Le rêve devait la nourrir,

elle est si décharnée

Elle loge dans ces creux

Il lui reste deux orbites

qu'elle peut encore consteller









15 août





Le bleu

vitrail

derrière le noir

fluorescent

comme âme qui passe

qui transparaît

Bleu, irréelle





La noirceur est belle

poison noir profond

elle s'accroche aux branches de bleu

mosaïque de ciel et de cieux

aux trouées de ce pur

pour lequel elle respire

ses larmes

Noir à peine









Un infime paysage

les sépare







Elle, d'elle




Martine Cros


©Tous droits réservés











lundi 24 août 2015

A la mer, poème de Karin Boye

A la mer


Ô mer
il est fort le breuvage que tu verses !
Ta grande froideur
est purification, limpide et sacrée.
Ton étreinte de lumière
est saine et fraîche aux enfants des hommes, à nous,
qui cherchons la guérison.
Car toi, mer,
radieuse et tendre, rugissante et implacable,
fourbe, et toujours fidèle,
tu es la parabole belle des choses belles :
chemin salé d'écume des coeurs vaillants du monde.


Karin Boye
traduction  Caroline Chevallier



crédit photo fruban, avril 2015


« Vivre, c’est rompre et briser pour que quelque chose puisse croître ».

Comme la finlandaise Edith Södergran, la suédoise Karin Boye, plus de soixante-dix ans après sa mort, apparaît de nos jours comme la poétesse moderne la plus importante des littératures scandinaves.

Déchirée jusqu’au suicide, oscillant sans cesse entre une ferveur païenne et un mysticisme chrétien, elle deviendra le champ de ruines du combat perdu d’avance du théâtre tragique de ses écartèlements. Bisexuelle, elle finira par défendre fièrement son homosexualité dans une Suède pudibonde et castratrice.
Femme courageuse, femme fortement impliquée dans les idées de gauche et la littérature radicale de son époque, elle est devenue l’incarnation de cette dualité atroce entre le rêve et la réalité.

in, Esprits nomades


Karin Maria Boye (née le 26 octobre 1900 à Göteborg et morte le 24 avril 1941 à Göteborg) était une poète et romancière suédoise.
Elle est l'auteur notamment de La Kallocaïne (1940), classique de la littérature dystopique, source d'inspiration majeure de George Orwell pour 1984, inspiré par Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley et par Nous autres, d’Ievgueni Zamiatine.
Socialiste et membre de la branche suédoise du groupe Clarté, d'Henri Barbusse, elle a été fortement ébranlée par un voyage en URSS en 1928, qui a inspiré son roman La Kallocaïne. Elle est morte le 23 avril 1941 à la suite de l’absorption de somnifères, dans une intention vraisemblablement suicidaire. Sa compagne depuis sept ans, Margot Hänel, juive berlinoise réfugiée en Suède, s'est suicidée trente-huit jours plus tard, à l'âge de vingt-neuf ans.

in, Wikipedia


photo, images du Net