vendredi 4 septembre 2015

Des outils, des rebuts et un regard mélancolique, petit reportage-photos de FRuban et quelques poèmes aimés

Lorsque je flâne sur le port de pêche, là où viennent s'amarrer et décharger les gros chalutiers, à chaque fois mes yeux se portent sur cet endroit à l'écart, où gisent d'étranges vestiges. Entassés, abandonnés, ils vivent leurs derniers instants, après bien des séjours en mer, au service des marins pêcheurs.
A chaque fois, je me sens attirée par ces noeuds, ces cordages, ces filets entremêlés. Ces lourdes chaines aux maillons gigantesques. Ces "sabots" rouillés inertes et inutiles. Mis en retraite avant de rejoindre le destin des mourants, ils brillent de mille couleurs tressées par le plus grand des hasards. Phénix renaissant de ses cendres... Qui d'autre qu'un photographe au regard de poète (et vice-versa...), un peintre... un "original", diront certains. Qui donc s'intéresse à ces objets mis au rebut ?
Les accompagner de poèmes que j'aime, qui parlent de Mer et de Mort, s'est imposé comme une évidence. Un dernier hommage en somme.
"Objets inanimés avez-vous donc une âme..."
                                   fRuban


Une beauté autre, celle des activités humaines, dans un port de pêche et de plaisance. Ce qui me séduit tout autant que les couchants grandioses. Différent, mais ce qui donne vie à La Turballe, retient les commerces essentiels, fixe les populations. Après la pleine saison estivale, seules seront fermées les boutiques de fringues et de gadgets pour touristes.
J'aime cet endroit, au passé sans véritable histoire (La Turballe célébre cette année ses 150 ans... autant dire epsilon !), pourtant riche du travail des hommes.



Le mousse


Mousse : il est donc marin, ton père ?...
- Pêcheur. Perdu depuis longtemps.
En découchant d'avec ma mère,
Il a couché dans les brisants ...
Maman lui garde au cimetière
Une tombe - et rien dedans -
C'est moi son mari sur la terre,
Pour gagner du pain aux enfants.
Deux petits. - Alors, sur la plage,
Rien n'est revenu du naufrage ? ...
- Son garde-pipe et son sabot ...
La mère pleure, le dimanche,
Pour repos... Moi : j'ai ma revanche
Quand je serai grand - matelot ! -

Tristan Corbière

Les amours jaunes







©crédit photo fruban



Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j'ai acheté des oiseaux
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché aux fleurs
Et j'ai acheté des fleurs
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché à la ferraille
Et j'ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
mon amour
Et je suis allé au marché aux esclaves
Et je t'ai cherchée
Mais je ne t'ai pas trouvée
mon amour

Jacques PRÉVERT 
Paroles, 1945





Héritage sénan


Nous sommes du pays où la mer et le vent
Ont donné aux rêves des enfants
Le goût salin des pierres usées par les embruns
Et la pluie compagne des chagrins 
Un pays si petit face au grand océan
Qu'on ne voit pas son ombre au couchant
Un trait sur l'horizon fait de quelques maisons
De granit et de brun goémon 
Ici par grand soleil aux langueurs des étés
Peu de plages où l'on vient se dorer
Un nuage effacé ne fait pas oublier
Qu'une vague peut tout emporter 
D'une roche fragile à l'abord des gros temps
Bateau frêle à la cape souvent
Quand la Vieille au levant et l'Ar Men au Ponant
Veillent toujours la vie des Sénans 
Nous sommes d'un pays qu'on ne quitte jamais
Que l'on porte en soi comme un secret
Comme un rêve un peu fou d'inscrire au fond de nous
Toute l'histoire de ce Caillou
L'Ile de Sein rebelle à l'usure des vents
Tient debout et porte ses enfants
Ceux qui restent l'hiver ou ceux qu'une misère
A poussés vers d'autres continents 
C'est la Voix de notre île entendue dans la ville
A l'écho des douleurs de l'exil
Qui unit chaque feuille que la vie éparpille
Et refait l'arbre de la famille 
Ce bel arbre nomade aux branches vagabondes
Qui jetait des ponts vers d'autres mondes
Revient toujours à terre au cœur de l'île-mère
Où ses pas mènent au cimetière 
Croisée des grands chemins des vivants des défunts
Quand de loin le passé nous revient
En écriture d'or près d'un nom familier
On découvre « Joie aux trépassés »

Des pierres du village aux murs des petits champs
Chacun porte héritage d'antan
Quand l'horizon marin vers la Chaussée de Sein
Etait pour l'île son grand jardin. 
Des siècles disparus le Sénan est têtu
Il a pris Patience pour vertu
Quand du Sud en Guilcher, du nord en « Loup de mer »
Quelqu'un porte toujours nos bannières 
Dans le noir dont les femmes habillent la tristesse
Un îlien voit toujours la tendresse
Qui éclaire sous la Jibilinenn austère
Le beau visage d'une grand-mère 
Lui racontant le soir de si belles histoires
Qu'elles sont restées dans sa mémoire
Comme autant de chansons empreintes du breton
Le plus beau, celui de la Maison 

Sur la route du phare où l'on flâne rêveurs
Au Nifran, au Lenn ou au Gueveur
Au Men Brial en vue des bateaux attendus
On jette l'ancre sur l'imprévu 
Le monde se refait dans les bistrots des quais
Où l'on va Iliens ou Paimpolais
Par marées de bonheur ou de mélancolie
On pourrait chanter toute la nuit

«Qui voit Sein voit sa fin», «Nul n'a franchi le Raz
Sans connaître ni peur ni Dégâts»
Ces dictons répétés qu'on voudrait oublier
Reviennent à l'heure d'embarquer 
D'Audierne ou Douarnenez l'Enez Sun est passé
Par des grains, des vagues déchaînées
Mais l'on garde quand même cette crainte du jour
D'un possible départ sans retour 
Notre petit royaume aux mille paysages
Mille roches aux terribles visages
Nous apporte la paix lorsque le vent se tait
Que l'île reprend vie sur les quais 
Des ruelles on entend le rire des enfants
Ou Kornog à l'église en passant (kornog : vent d'ouest)
Quitter l'île à l'instant s'éloigner du rocher
Ce serait partir à l'étranger.

Paroles et musique Louis Capart

écouter sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=QsN_gqZEVPA


























©crédit photos fruban

                             


  Loguivy de la mer

Ils reviennent encore à l'heure des marées
S´asseoir sur le muret le long de la jetée
Ils regardent encore au delà de Bréhat
Respirant le parfum du vent qui les appelle
Mais s´il est révolu le temps des Terre-Neuvas
La race des marins chez nous ne s´en va pas...


Loguivy de la Mer, Loguivy de la Mer
Tu regardes mourir les derniers vrais marins
Loguivy de la Mer au fond de ton vieux port
S´entassent les carcasses des bateaux déjà morts.

Ils ont connu le temps où la voile était reine
Ils parlent des haubans, des focs et des misaines
De tout ce qui a fait le charme de leur vie
Et qu´ils emporteront avec eux dans l´oubli
Mais s´il est révolu le temps des Cap-Horniers
Il reste encore chez nous d´la grain´ d´aventuriers.

Je n´ai jamais su dire ce que disent leurs yeux
Perdus dans ces visages burinés par le vent
Ces beaux visages d´hommes ces visages de vieux
Qui savent encore sourire et dire à nos vingt ans
Remettez vos cabans et rompez les amarres

Allez y de l´avant mais tenez bon la barre 

François Budet










Petit mort pour rire


Va vite, léger peigneur de comètes !
Les herbes au vent seront tes cheveux;
De ton oeil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans les pauvres têtes...

Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes
Foisonneront plein ton rire terreux...
Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes...

Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux,
Boîtes à violon qui sonnent le creux...
Ils te croiront mort - Les bourgeois sont bêtes - 
Va vite, léger peigneur de comètes !

Tristan Corbière

Les amours jaunes, Rondels pour après 


jeudi 3 septembre 2015

Petit d'homme, poème de F.Ruban

Petit d'homme

un matin de septembre à Bodrum

la Mer a rejeté ton corps sur le sable

Elle a refusé de le déchiqueter de l'abîmer

Elle t'a déposé

pour que les hommes voient

ta fragilité d'enfant

ton petit corps endormi sur la plage

où tant d'enfants ailleurs rient et

construisent des châteaux



Petit d'homme

ce matin ton image fait le tour du monde

Réveiller les puissants endormis

indifférents à ces milliers d'autres

tes frères morts comme toi sous les coups des barbares

tes frères nos frères humains nos enfants

qui voulaient simplement vivre

et rire et aller à l'école et désobéir



Petit d'homme

Petit enfant symbole de l'innocence chaque jour massacrée

tandis que nos dirigeants des hommes pourtant

ferment les yeux mettent des barbelés

contre ceux que l'on nomme migrants

qui ne voudraient qu'être réfugiés

Ils quittent leur terre la mort dans l'âme

espoir chevillé au corps

espoir que leurs frères les hommes....



©fruban



le 3 septembre 2015



Tous droits réservés

Protégé par copyright





En hommage à Aylan Kurdi, l'enfant syrien retrouvé mort noyé sur une plage de Turquie ( Bodrum














photo parue dans l'Humanité le 31 mai 2016






































).





Un livre vient de lui rendre hommage aux éditions Verdier ICI


Pierre Demarty
Le Petit garçon sur la plage
Éditions Verdier

éditions Verdier






















































photo du Net
(sur la plage de Bodrum)







mercredi 2 septembre 2015

Deux poèmes de Cristian Ronsmans



Je n’arrive plus à dire « je t’aime »,

J’ai perdu les mots.

De l’amour j’ai perdu l’amour

On me l’a volé.

Du discours, fragments épars,

J’en perds la mémoire.

Je ne connais plus les mots.

Une partie de mon âme envolée

Capturée, vendue au plus offrant.

Je ne dis plus les mots « je t’aime ».

Ils me brûlent pourtant.

Le souvenir des mots sacrés

Part en lambeaux.

Pas de substitution possible.

Je voudrais tant dire ces deux mots

Encore une fois.

»Je t’aime », « je t’aime » de la première

A la dernière fois.

Mais ils me restent dans le cœur,

Arraché, tenaillé

De cette voix du cœur muette

Langue coupée qui ne peut plus dire les mots.

Le corps se brise

En tous ses éclats de « je t’aime »

Que mille fois de plus j’aurais du dire

Comme au premier jour.

J'aurais du le dire

En ma voix étouffée.

Ce jour qui ne se lèvera plus

Ce jour n’a plus les mots pour

Renaître encore.

Encore, s’il te plait,

Une dernière fois.



Cristian Ronsmans



le 5 septembre 2016



© Tous droits réservés

Protégé par copyright




crédit photo fruban


Cette nuit ni plus ni moins obscure que celles qui l’ont précédée.
Cette nuit ni moins ni plus obscure que celles à venir
Depuis des siècles et millénaires,
Cette nuit, j’observerai le scintillement
De la lune argentée et la brillance de l’étoile, Vénus,
Dans les ombres fuligineuses de l’inconnaissable Nocturne.

Et, avec elles, tous les feux métalliques des corps célestes
Immuables à mes yeux clos.

Demain, le soleil viendra desceller mon regard et paupières dessillées,
Je regarderai l’astre flamboyant dans les yeux, une dernière fois,
Avant qu’à ma vue, il ne s’éteigne à jamais.

Il sera le matador en habit de lumière éternelle
Et je serai son taureau apeuré.

Seule pour un instant encore, vacillante, subsistera
L’ombre de ce que je fus et ne cessais jamais d’être.

Puis elle-même, comme happée dans un tourbillon,
Un orage de feu, elle sera à son tour emportée.

Alors, le soir prochain, une nuit pareille à la précédente,
Une nuit identique à celle à venir
Prendra ses quartiers
Sur le monde où je fus.

Mais je n’en saurai rien !

Cristian Ronsmans
le 1er septembre 2015

© Tous droits réservés

crédit photo fruban

vendredi 28 août 2015

Vassilis Alexakis, La mer qui ressemble à la vie

Vassilis Alexakis, auteur greco-français




RTS Eclats de Méditerranée
La mer qui ressemble à la vie, avec Vassilis Alexakis

En écoute :

émission de 30 mn

http://www.rts.ch/audio/la-1ere/programmes/eclats-de-mediterranee/6930979-la-mer-qui-ressemble-a-la-vie-avec-vassilis-alexakis-21-08-2015.html

La mer qui ressemble à la vie avec Vassilis Alexakis
Elle connaît tous les jeux, renferme tous les mystères, elle est très vieille et étonnamment juvénile, la mer de Vassilis Alexakis .

Qui raconte l'Egée, son île de Tinos, la danse et l’horizon.


La Méditerranée déchirée, la Méditerranée, devenue cimetière et nouvelle frontière, mais aussi la mer qui sait écouter. La mer qu’on peut manger comme un morceau de bleu. La mer qui est tout…
Je me suis demandé longtemps qui allait pouvoir faire écho aux éclats passionnés surgis pendant l’été. Quand Vassilis Alexakis m’a dit "venez donc", j’ai su que ce serait lui. Lui qui a parsemé ses derniers livres de réflexions politiques et poétiques, sur la crise grecque et la mer.
Comme dans "La clarinette", paru en 2015, au Seuil, où il dit que la mer fait parfois osciller le bateau tout doucement en prenant les passagers pour des enfants qu’il faut bercer.
Vassilis Alexakis, érudit et tendre, pertinent mais doux, qui a raconté dans plusieurs romans, son voyage intime du grec au français, puis du français au grec, et son amour des langues.
Vassilis Alexakis qui a surtout écrit "La clarinette" pour son ami et éditeur, qu’il appelle simplement Jean-Marc. Il l’a accompagné jusqu’à la fin et au-delà, puisque leur dialogue se poursuit au fil des pages. Et même d’une chambre d’hôpital à une autre, puisqu’il parle depuis un lit blanc.
Mais comme debout face à l’horizon, sur son île de Tinos. Ou comme quand il nage avec son masque et qu’il a l’impression de voler.

A lire aussi
Parmi ses nombreux et très beaux romans et récits:
"Paris-Athènes", "La langue maternelle" et "L’Enfant grec", parus chez Stock et en Folio.



Paru dans BIBLIOBS

© photo Vincent Nguyen / AFP
Vassilis Alexakis et Jean-Marc Roberts, en 2005



Dans l’avion grec qui le ramène à Paris, Vassilis Alexakis est assis à côté d’une femme sujette au stress aéronautique. Elle lui demande ce qu’il fait dans la vie.

Lui : «Je suis équilibriste. »

« A votre âge ? », s’étonne la dame.

« J’évite les exhibitions périlleuses, dit-il pour la rassurer. Je ne fais plus les chutes du Niagara ni les tours de Notre-Dame. Je me produis dans les cimetières pour égayer les familles en deuil. Je croise les âmes qui montent vers le ciel. Elles montent très lentement, elles ne sont pas pressées de prendre congé du monde, on dirait qu’elles le regrettent déjà.»

Il faut prendre Alexakis au mot. Cet écrivain est vraiment un équilibriste. Malgré ses 72 ans et sa jambe récemment opérée d’un anévrysme, il avance, léger comme une plume, sur le fil tendu non seulement entre sa Grèce natale et sa France d’adoption, mais aussi entre les vivants et les morts. Avec «la Clarinette», cet exercice acrobatique touche au bel art et atteint le sommet de l’émotion.

Hiver 2012-2013. Son meilleur ami, son frère spirituel, son éditeur depuis quarante ans, est atteint d’un mal incurable. C’est Jean-Marc Roberts, qu’il entoure de son affection, visite dans son appartement du square Montholon ou à l’hôpital, qu’il apostrophe et tutoie à chaque page de ce roman-vrai.

A Jean-Marc, qui a trop fumé, Vassilis, qui tire comme un sapeur sur sa bouffarde, confie sa mélancolie. Il est fatigué de Paris, il se demande s’il ne va pas retourner vivre à Athènes, où il part provisoirement fêter son anniversaire et où son père, quand il était malheureux, se mettait au soleil.

Alors qu’il traduit son dernier roman en grec, qu’il se traduit en somme, il se sent également prêt à prendre congé de la langue française. Comme si la fin prochaine de Jean-Marc l’obligeait à un nouveau départ. Comme si, sans lui, la France ne serait plus la France. Alors, il se dépêche de lui dire qu’il l’aime.

Car, pour Alexakis, tout est bon dans le Roberts : ses femmes, ses enfants, ses romans (il les résume en une formule lumineuse et poignante: «Un petit garçon courant derrière un camion de déménagement»), ses habitudes, ses blagues, sa bravoure, son panache.

A son ami de cœur dévoré par le crabe, il adresse ce livre dont la forme emprunte à la démarche du crabe, tout en à-côtés, en diagonales, en digressions.

Il lui parle de la maladie qui frappe la Grèce, des SDF, des avantages fiscaux dont l’Eglise bénéficie et des menaces proférées par Aube dorée contre les immigrés. Il revisite Paris à partir des adresses de toutes les maisons d’édition où Jean-Marc a travaillé. Il lui fait entendre, au téléphone, la chanson de Dalida, «Bambino», qu’il adorait.

Il va même jusqu’à lui décrire, tel un spectacle qu’il aurait manqué, son enterrement au cimetière de Montmartre. Car, même après sa mort, Vassilis Alexakis continue de lui raconter sa vie. On voudrait que ce roman plein de rires et de larmes ne s’arrête pas. Et que son héros revienne.

Jérôme Garcin

La Clarinette, par Vassilis Alexakis,
édition du Seuil

mardi 25 août 2015

Poème, Martine Cros

crédit photo Martine Cros




5 août









Le morcellement de la beauté

donne à voir d'autres visages



Il faut se taire parfois

pour que flamboie

le silence











6 août









Si jamais votre corps

un jour

est une île

Qu'à lui seul toutes ses rives

suffisent

à l'amour qui s'échoue



Vagues voyantes dont nous sommes écume

Sel de votre regard qui porte nos pensées légères

A l'onde de votre coeur multiple

allons sirènes écouter le vent las

de ne plus marcher avec vous













14 août ( famine)









Faire la paix avec son visage

resté vierge de baisers

affamé et transparent visage

La musique traverse son ventre de

son apaisement

Est-ce la faim qui la serre ou

ce qui n'a jamais été



Le rêve devait la nourrir,

elle est si décharnée

Elle loge dans ces creux

Il lui reste deux orbites

qu'elle peut encore consteller









15 août





Le bleu

vitrail

derrière le noir

fluorescent

comme âme qui passe

qui transparaît

Bleu, irréelle





La noirceur est belle

poison noir profond

elle s'accroche aux branches de bleu

mosaïque de ciel et de cieux

aux trouées de ce pur

pour lequel elle respire

ses larmes

Noir à peine









Un infime paysage

les sépare







Elle, d'elle




Martine Cros


©Tous droits réservés











lundi 24 août 2015

A la mer, poème de Karin Boye

A la mer


Ô mer
il est fort le breuvage que tu verses !
Ta grande froideur
est purification, limpide et sacrée.
Ton étreinte de lumière
est saine et fraîche aux enfants des hommes, à nous,
qui cherchons la guérison.
Car toi, mer,
radieuse et tendre, rugissante et implacable,
fourbe, et toujours fidèle,
tu es la parabole belle des choses belles :
chemin salé d'écume des coeurs vaillants du monde.


Karin Boye
traduction  Caroline Chevallier



crédit photo fruban, avril 2015


« Vivre, c’est rompre et briser pour que quelque chose puisse croître ».

Comme la finlandaise Edith Södergran, la suédoise Karin Boye, plus de soixante-dix ans après sa mort, apparaît de nos jours comme la poétesse moderne la plus importante des littératures scandinaves.

Déchirée jusqu’au suicide, oscillant sans cesse entre une ferveur païenne et un mysticisme chrétien, elle deviendra le champ de ruines du combat perdu d’avance du théâtre tragique de ses écartèlements. Bisexuelle, elle finira par défendre fièrement son homosexualité dans une Suède pudibonde et castratrice.
Femme courageuse, femme fortement impliquée dans les idées de gauche et la littérature radicale de son époque, elle est devenue l’incarnation de cette dualité atroce entre le rêve et la réalité.

in, Esprits nomades


Karin Maria Boye (née le 26 octobre 1900 à Göteborg et morte le 24 avril 1941 à Göteborg) était une poète et romancière suédoise.
Elle est l'auteur notamment de La Kallocaïne (1940), classique de la littérature dystopique, source d'inspiration majeure de George Orwell pour 1984, inspiré par Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley et par Nous autres, d’Ievgueni Zamiatine.
Socialiste et membre de la branche suédoise du groupe Clarté, d'Henri Barbusse, elle a été fortement ébranlée par un voyage en URSS en 1928, qui a inspiré son roman La Kallocaïne. Elle est morte le 23 avril 1941 à la suite de l’absorption de somnifères, dans une intention vraisemblablement suicidaire. Sa compagne depuis sept ans, Margot Hänel, juive berlinoise réfugiée en Suède, s'est suicidée trente-huit jours plus tard, à l'âge de vingt-neuf ans.

in, Wikipedia


photo, images du Net

jeudi 20 août 2015

Il pleut sur la fête foraine, de Denis Tellier


                                     Il pleut sur la fête foraine


Tous les danseurs vont vers le bas, la place du
village est en pente naturelle.
Des enfants courent, pistolets à poire et à eau,
la flotte s'écoule dans le caniveau.
Filles et garçons sur le périmètre des auto-
tamponneuses, à deux doigts des gouttières,
vivent avec le fracas derrière,l'immense
émotion d'être serrés dans leurs pantalons.
Toutes les auto-tamponneuses vont vers le bas,
la place est en pente naturelle.
Odeur de coiffeur, il pleut sur la fête foraine.
Toutes les odeurs de coiffeur vont vers le bas.
Nous avons tiré une bouteille de mousseux
pour la boire dans la ruelle.
Il pleut sur la place du village en pente naturelle.
Toutes les bouteilles vides vont vers le bas.
Vous, madame, immobile comme moi, avec
une poupée toute trempée gagnée dans une loterie abritée.
Dites-moi...
Il pleut sur la fête foraine pour la dernière fois...

Denis Tellier, 1977

in, Revue Météque

Revue n° 0, La Ville




lundi 17 août 2015

Attentes... attente apprivoisée, poème de FRuban

crédit photo fruban





Attentes... attente apprivoisée


Attente
morsure rouge cœur rongé
voiles de cendres noires ténèbres
Mes yeux griffent les ciels __ Prière
païenne supplique au gingko
Espérance pour toi ma chair mon sang
souffle ténu de ta vie
Sur toi se referment les serres de la Mort

Attente
chancelants balbutiements de l'âme
au rythme des saisons flux et reflux des marées océanes
Identité perdue __ me retrouver
avec cette plaie ouverte rester la même
Mes doigts caressent l'ivoire et l'ébène
hésitant Prélude
Une petite cantate me prend la main

Attente
promesse de fleurs saveurs de fruits
sans fin contempler le jardin
mystères d'une vie qui meurt et renaît __ Ô Nature
Un peu de nacre blanc perce la neige __ et déjà
un tapis couleurs de flammes senteurs d'automne
crisse sous mes pas et murmure
Tu renais demain

Attente
une rencontre un amour peut-être
il serait le dernier homme __ je le croyais
Passion folle voguant sur des flots croisés
poussée par des vents contraires __ au gré de tes envies
Guettant un signe un appel un voilier à coque de chair
vague inéluctable __ l'Océan c'est toi
Capitaine tu as perdu le cap

Attente
ta main sur mon épaule
des baisers dans le cou des désirs un peu fous
Vague déferlante qu'apaisent les alizés
Fraternelles tes forêts profondes m'invitent
frémissements au cœur apaisé
promenades libres et solitaires __ au rythme de nos plumes
A ma vie tu donnes sens

Une confiance un désir une détente
©fruban
le 12 août 2015

Tous droits réservés
Protégé par copyright

in, Chorégraphie de cendres (2017)
éditions épingle à nourrice








mercredi 12 août 2015

Bien sûr la planète en feu, poème de F.Ruban

crédit photo fruban

Bien sûr il y a les guerres d'Irlande
Et les peuplades sans musique
Bien sûr tout ce manque de tendre
Il n'y a plus d'Amérique
….......................................
Mais voir un ami pleurer

Jacques Brel

                           



   Bien sûr la planète en feu 



Bien sûr en Afrique sub-saharienne la sécheresse
et ses cohortes d'affamés au ventre rond
déserts de dunes oueds asséchés
Ici gaspillage éhonté   __  là-bas
germe la mort en millions de linceuls
sur les terres arides aux chacals  abandonnés


Mais ici ton cœur se serre
En ton jardin et dans les champs voisins
en ce milieu d'été la terre craquelée
les arbres dépouillés  __  feuillages lâchés
nappes jaunes et fripées sur l'herbe grillée
parure d'une année pour la survie mise à nu


Bien sûr le réchauffement climatique
plages blondes menacées îles englouties
Los Angeles arche de Noé en partance
et tous ces peuples errants migrant encore et encore
poursuivis anéantis  __   sur les flots bleus fuyant
l'Homme apprenti sorcier


Mais chez toi tout près un petit Eden
qui souffre et appelle les pluies
plantes et arbres par tes soins nourris
cajolés enserrés   __   aux heures sombres de ta vie
compagnons de détresse ta fierté ta consolation
tant on aime ce qui nous est proche


Bien sûr les catastrophes en chaîne
océans qui se soulèvent terres tremblantes qui s'ouvrent
crachent le feu jusqu'à la cendre
corps ensevelis calcinés   __    encore et encore fuir
autres tornades tsunamis séismes ravageurs et vengeurs
Ô Nature aussi cruelle que belle


Mais à ta porte ces incendies
meules de paille parties en fumées
forêts anéanties carcasses brûlantes de suie
tant de mégots insouciants abandonnés
Et les oiseaux s'enfuient et les abeilles meurent
Sans pleurs   __   à jamais nous quittent les travailleurs de la terre


Bien sûr un roi à crinière noire suscite vos émois

Mais je ne vois que ce bébé palestinien brûlé vif par les colons

Bien sûr les fous de dieu renversent les statues

Mais ma vie appelle mes amis perdus



Bien sûr il y eut les guerres d'Irlande
Mais voir un ami pleurer


fruban

le 10 août 2015
©Tous droits réservés

Recueil en cours



photo du Net
sécheresse au Mali, 2013



photo du Net
troupeaux décimés par la sécheresse au Kenya

dimanche 9 août 2015

Expo Pax Vobis, Espace Arts Diaphragme - 89000 Auxerre

Affiche de l'Expo
D'un récital Poésie-Musique, le 20 juin 2015, autour de mon recueil "L'Âme des marées", à l'Expo PAX VOBIS (1er au 8 août 2015)


J'ai rencontré Loïc Prou, lors d'une belle soirée de juin, dans mon jardin. Invité par Yves Petident qui m'avait fait l'immense plaisir de mettre en musique et de dire certains de mes poèmes, accompagné par Merry Benoit aux sitar et percussions indiennes. J'en ai longuement parlé sur ce blog (voir articles en juin 2015).
En partant, Loïc accompagné de Anne sa compagne, me remit un dessin, pour me remercier. Certes, je l'avais aperçu, au cours du récital, un papier et un stylo à la main, écrire ou dessiner... je ne savais pas.
Ce joli coup de crayon m'a séduite et j'ai voulu découvrir l'artiste. D'abord par son site dont il m'avait laissé l'adresse, puis "en vrai", lors de l'Expo PAX VOBIS que lui consacrait Arts Diaphragme.
Il faisait horriblement chaud ce mercredi 5 août, j'ai dû m'obliger à prendre la voiture pour rejoindre Auxerre. Il le fallait, je le voulais. L'occasion était trop belle de découvrir les oeuvres de Loïc Prou, exposées dans une Galerie aussi prestigieuse.
Outre la découverte des oeuvres, écouter Loïc m'exposer ses projets fut un moment de partage merveilleux. Il me parla du vaste projet autour du personnage Pax Vobis, sa quête et son expérience d'alchimie philosophique (séparer les trois éléments de l'être humain : le corps, l'âme et l'esprit ). Bien sûr de Tcherno et Bill, bande dessinée en six vignettes, qui ont déjà une histoire que beaucoup connaissent (à découvrir sur le blog de Loïc Prou, alias Loïc Tchernobyl).
En quittant l'artiste, ses oeuvres, ses projets, et ce magnifique Espace Arts Diaphragme, j'en avais totalement oublié la canicule... Je repartis heureuse et désireuse de suivre cette belle aventure artistique.
J'allais oublier.... Loïc est aussi un "croque-notes" !
                                                                  Françoise Ruban

crédit photo fruban


photo fruban

 " Arts Diaphragme est une association (loi de 1901) créée le 31 juillet 1995 par des amis d'enfance, Jacques Métaireau et Philippe Minot, avec l'ambition de créer un mouvement artistique ouvert, subversif et décalé à Auxerre, permettant à des artistes plasticiens locaux de se faire connaître et de s’exprimer en toute liberté . D'emblée, Jean Pierre Soisson, Maire d’Auxerre à l’époque, soutient la nouvelle association et lui offre un lieu sympa : « l'atelier 13 », place des Véens. Le nouveau maire, Guy Férez, continuera de la soutenir avec enthousiasme, notamment en lui mettant à disposition un splendide nouveau local à partir de 2007, dans une maison à pans de bois, 37 rue Joubert. Ce lieu est devenu pour les artistes locaux, un espace d’exposition incontournable, dans lequel se succèdent tous les styles et toutes les disciplines des arts plastiques : peinture, photographie, sculpture, céramique..."

Sur le site de     Espace Arts Diaphragme





DU 1ER AU 8 AOUT
LOÏC PROU ou LOÏC TCHERNOBYL 

"Autodidacte et déterminé, mes ouvrages s'articulent autour de l'Homme, de l'Humain, de croyances diverses et variées, de mondes post-apocalyptiques, de politique, de vie et de mort. Tout cela se décline en différents projets (illustrations, bande-dessinée, strips...) en perpétuelle évolution, de façon à pouvoir s'adapter aux changements du monde, qu'il en soit par la critique ou par le questionnement. Des projets tels PAX VOBIS, TCHERNO AND BILL, XZ APOCALYPSE, s'entendent dans l'absurde, dans des histoires où il est propre à chacun de s 'écouter soi-même, pour comprendre autrui. Je pense qu' il est nécessaire de poser un regard sans haine sur le monde... 
Projet Tcherno and Bill : Planches de BD publiées sur internet régulièrement, Fanzine, Illustrations. 
Projet Pax Vobis : Livre illustré, BD, Créations de médaillons en collaboration avec A. Frochot forgeron, Jeu de cartes, Cartes postales. 
Autres projets : Transformations sur base de photos, Illustrations de recherches." 
Sur le site de Espace Arts Diaphragme


photo fruban

L'accueil chaleureux de Loïc Prou


photo fruban
Tcherno en personne et Bill qui surveille...

photo Loïc (sur son site)
Tcherno et Bill

photo fruban
photo fruban


photo fruban
Voici Pax Vobis


photo fruban

photo fruban

photo fruban
photo Loïc (sur son site)

photo Loïc (sur son site)


photo fruban

photo fruban



photo fruban
A bientôt Loïc et mille merci pour ce beau moment !

photo fruban

*****

2015


jeudi 23 juillet 2015 par Arts diaphragme
Galerie Arts Diaphragme :
27, rue Joubert 89 000 Auxerre
0386524684